Kinshasa, 31/05/2008 / Politique ( DigitalCongo.net)

Si Bemba est la quatrième personne arrêtée sur la demande de la CPI, il est le premier gros poisson.Le leader du Mlc restera en prison en attendant la décision de la Chambre des mises en accusation devant intervenir dans plus ou moins huit jours.

Il sied, de ce point de vue, de rappeler que la Chambre du Conseil de Bruxelles a rejeté mercredi 28 mai dernier, la demande de liberté provisoire introduite par la défense de Jean Pierre Bemba. Cette juridiction d’instruction belge a pour tâche d’examiner la conformité de la procédure engagée contre l’accusé.

Jean-Pierre Bemba savait depuis longtemps qu’un mandat d’arrêt était suspendu sur lui comme une épée de Damoclès. Il n’a donc pas été surpris quand des policiers belges sont venus l’interpeller le 24 mai dans sa villa de Rhode-Saint-Genèse, sur mandat de la Cour pénale internationale (CPI) établie à La Haye.

Jean Pierre Bemba, cet ancien étudiant de l’Ichec est venu une dizaine de fois à Bruxelles, où vivent sa femme et ses enfants. Selon Béatrice Le Fraper, conseillère du Procureur de la CPI, l’Argentin Luis Moreno Ocampo, les services belges, portugais, brésiliens et allemands, notamment, ont suivi ses nombreux déplacements.

« Jeudi dernier, subitement, nous n’avons plus reçu aucun renseignement sur les voyages que M.Bemba comptait entreprendre », déclare Béatrice Le Fraper, conseillère du procureur. Autrement dit: il risquait de quitter l’Europe, hors de portée de la cour. C’est alors que le procureur lance en urgence un mandat d’arrêt, qui a été tenu secret jusqu’à son exécution. De bonnes sources, il nous revient que Jean Pierre pouvait se rendre aux Usa qui ne sont pas couverts par la compétence de la Cour pénale internationale.

Bemba pouvait aussi être arrêté à son retour à Kinshasa

Bemba, qui a officiellement renoncé à la lutte armée, s’apprêtait à regagner la RDC pour reprendre la tête de l’opposition, moyennant garanties d’immunité et de sécurité. Et pourtant, la RDC comme d’autres pays du monde a signé le statut de Rome. Elle se trouve dans l’obligation d’extrader toute personne recherchée par la Cour pénale internationale. Pour ce, toutes les dispositions étaient prises pour arrêter Bemba même à Kinshasa. La conseillère du procureur de la CPI l’avoue en ces termes: « Nous étions également organisés pour une éventuelle arrestation à Kinshasa ».

Cependant pour le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo : « En vertu du statut de Rome, personne ne saurait échapper à la justice internationale qui enquête également au Darfour et en Ouganda Personne ne peut prendre le parti d’un criminel contre les victimes. Bosco Ntaganda, qui a commis des atrocités en Ituri et continue aujourd’hui ses activités dans les Kivus, Joseph Kony, de l’Armée de Résistance du Seigneur en Ouganda, Ahmed Haroun, ministre des Affaires humanitaires du Soudan, finiront également en prison ».

Si Bemba est la quatrième personne arrêtée sur la demande de la CPI, il est le premier gros Poisson. Le procureur de la CPI, l’Argentin Luis Moreno Ocampo, avait été saisi de l’affaire en 2004 par les autorités de la RCA.

L’enquête formelle n’a été ouverte qu’en 2007. Dans l’intervalle, les pays occidentaux partenaires du Congo avaient conseillé à la CPI... de ne pas gêner le processus électoral, la stabilité du pays étant jugée prioritaire. Mais les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles, et l’immunité de Bemba ne pouvait que retarder l’échéance...

On reproche à Jean-Pierre Bemba, les Crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, commis sous ses ordres non pas au Congo (ce dossier-là est à l’instruction), mais en République centrafricaine (RCA), entre octobre 2002 et mars 2003. Au centre de l’accusation une campagne massive de viols « menée avec une brutalité sans nom ». Ses hommes étaient intervenus à l’appel du président Patassé, pour mater la rébellion du général Bozizé, aujourd’hui au pouvoir.

(Ern.)

Le Palmarès