EXPULSION D’ETRANGERS D’ANGOLA

Un coup de poignard à l’intégration
mardi 18 août 2009, page visitée 31 fois

 

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En décidant d’expulser plus de 110 000 personnes, toutes ressortissantes de la République démocratique du Congo (RDC), selon un document interne à l’ONU, l’Angola porte un sacré coup de poignard à l’intégration tant souhaitée par les Africains. Rapatriés de force par la police angolaise à la frontière de leur pays d’origine, certains de ces expulsés congolais étaient cependant installés depuis des lustres et travaillaient dans les domaines du commerce et des mines. Non contents d’être chassés d’Angola comme des malpropres, les expulsés sont fouillés et dépouillés de leurs biens. En regagnant leur RDC natale, ils se retrouvent complètement démunis.

Venant de l’Angola, cette situation est très déplorable à plusieurs égards. Ce pays a été pendant longtemps le théâtre de luttes de libération. Pour cela, de nombreux Etats africains lui ont été solidaires et leurs ressortissants sont allés lui porter secours. Du reste, entre l’Angola et la RDC, on file le parfait amour. A maintes reprises, l’Angola a porté secours à la RDC sur le plan militaire. On peut alors se demander quelle mouche a bien piqué les autorités angolaises pour les amener à agir de la sorte contre un pays voisin de surcroît et avec qui il partage le même espace économique et des milliers de kilomètres. Les Angolais peuvent être assurés que ce n’est pas en agissant ainsi qu’ils développeront leur pays que la nature a pourtant gracieusement doté de ressources minières et agricoles. Ces nombreuses et abondantes richesses peuvent bien profiter à tous, aux Angolais comme aux populations du reste de l’Afrique. Pour ce faire, il suffit de mettre en place de bonnes politiques de gestion des ressources du sous-sol. Au lieu de cela, à Luanda, on a préféré la solution du raccourci consistant à attribuer à l’étranger toute la responsabilité des problèmes du pays et des erreurs de gouvernance des dirigeants. On peut déjà percevoir, à travers ces exactions sur les étrangers, des manoeuvres politiques car l’élection présidentielle est prévue pour se tenir en 2010.

Sur le continent africain, cependant, on espérait ne plus avoir à vivre ce genre d’expulsions massives comme on n’en voit plus d’ailleurs sur aucun autre continent. En Europe comme aux Etats-unis, on n’assiste pas à des expulsions de cette ampleur. Ils sont pourtant très riches et leurs problèmes ne viennent pas toujours des étrangers. Du reste, les Américains continuent de recevoir de nombreux expatriés. Pourquoi alors se détester ainsi à ce point entre Africains ?

Il n’est pas défendu aux Angolais d’avoir leur politique d’immigration. Celle-ci semble cependant très dure, dans un contexte africain où certains prônent l’unité et l’intégration en passant par des pôles sous-régionaux et régionaux. De tels agissements remettent simplement en cause les principes et fondements même de l’Union africaine. Les pères fondateurs des Etats africains, chantres des Etats-unis d’Afrique, doivent se retourner dans leur tombe face à ce qui se passe actuellement en Angola. La communauté de destin suppose une libre circulation des biens et des personnes ; ce qui ne semble pas avoir été bien compris au pays de José Eduardo Dos Santos. On peut certes reprocher aux immigrés de ne pas toujours bien se comporter dans leur pays d’accueil. Bien des fois, en effet, certains ne disposent pas de tous les documents requis et semblent se comporter en territoire conquis, prêtant ainsi le flanc aux exactions. Mais entre Africains, l’on devrait plutôt mettre en exergue les valeurs séculaires de fraternité et de solidarité. L’expulsion massive d’étrangers d’Angola vient malheureusement apporter de l’eau au moulin des afro-pessimistes pour qui l’intégration africaine demeurera toujours un leurre.

Par Boureima OUEDRAOGO SONRE