Où que l'on aille présentement, cette question d'apparence banale, est curieusement sur toutes les lèvres. Tant ce qui se raconte ici et là au sujet de l'ANR dépasse tout entendement. Personne de bonne foi ne pouvait croire que le temple de la bouche cousue avait en son sein, parce que c'est le cas visiblement, des gens prêts à tout, c'est-à-dire incapables de se taire.

Des gens qui prennent un malin, et funeste plaisir à parler avec légèreté, partout et à tout le monde, d'un service sans lequel il n'est pas de pouvoir qui tienne. On parle tellement de l'ANR ces temps-ci, et de plus en en plus en mal, qu'on est en droit de se demander si cette grosse machine du renseignement n'est pas infiltrée par des éléments qui veulent ou la déstabiliser ou, à tout le moins, l'affaiblir notablement. A cette préoccupation, on n'a pas encore de réponse satisfaisante.

D'après ce qui se raconte, et que personne n'a encore démenti jusqu'ici, la prestigieuse Agence nationale de renseignement (ANR) service secret par excellence n'aurait plus de secret. Ce qui s'y passe se sait à la minute même, ici et au-delà des frontières de la République. Comment en est-on arrivé là pour que le temple de la discrétion, qui fait son efficacité, et du secret absolu, qui est sa ligne de conduite, ressemble subitement à une calebasse trouée ?

Qu'est-ce qui s'est passé pour que la grande muette se mette elle-même ou par personne interposée à parler à haute et intelligible voix des matières qu'elle traite, et qui ne sont censées être connues que des seuls initiés ? Aujourd'hui, ce que fait l'ANR est connu et mis, sans précaution préalable sur la place publique.

Ses moindres faits et gestes sont rapportés par des médias avec une précision qui donne froid au dos. Au point où l'opinion, ulcérée, en arrive à se demander ce qui va encore se produire dans ce pays dans les jours qui viennent. En effet, quiconque veut mettre un pouvoir à genoux, déstabiliser son service de renseignement est le raccourci le plus sûr. On en est là. En tout cas on n'est pas très loin de là.

Et comme par hasard, tout ça arrive au moment où Kabila promet un séisme sans précédent dans toutes les structures dirigeantes du pays. Serait-ce une simple coïncidence ? Pas évident, à mon avis. En attendant, les choses se passent comme si le feu incandescent qui couve au sein de l'ANR était le bienvenu.

Pour éviter au pays des surprises hautement désagréables, Kabila doit taper du point sur la table pour ramener cette piscine de la République à l'orthodoxie propre aux exigences de sa mission. Une éventuelle guerre de positionnement n'autorise pas qu'un service aussi délicat que le renseignement soit livré aux caprices des intérêts des individus.

En fait, que se passe-t-il ? Ou que s'est-il passé pour que nous nous sentions dans l'obligation de tirer cette sonnette d'alarme? Quelque chose de très grave et de très inattendu, que voici. Le vendredi 15 mai 2009, ce n'est pas loin, la Radio France Internationale a parlé de ce qui se passe présentement à l'ANR avec un sens de détail qui a troublé plus d'un Congolais. Le grand tam-tam français a parlé avec force détail des arrestations, des libérations, des changements intervenus ou en cours dans certains services de l'ANR.

La RFI a donc rapporté des choses de nature à secouer le cocotier. Maintenant la question : comment elle a pu être informée de manière aussi détaillée des faits que nombre de responsables politiques du pays ne connaissent même pas ? Même si tout ce qu'elle a dit n'est pas forcément vrai, tout porte à croire que RFI a rapporté des faits qui ne sont pas nécessairement faux.

Parce que c'est ainsi, comment des agents d'un service aussi important que capital pour le pays, ont pu s'autoriser à livrer aux médias, d'ici ou d'ailleurs, des informations destinées à la consommation essentiellement interne ?

Maintenant la crainte de l'opinion : qu'est-ce qui se cache derrière ce mauvais vent qui souffle sur l'ANR ? On ne le sait pas encore. Mais il ne serait pas étonnant que ce soit quelque chose de pas du tout bon pour la République.


Mankenda Voka
Kinshasa, 18/05/2009 (L'Observateur, via mediacongo.net)